QUETES DE VISION, LOGES DE LUNES et RITES DE PASSAGE

Une personne fortement handicapé en quête de vision avec Aigle Bleu. - A heavily handicapped person on a vision quest with Blue Eagle
Une personne fortement handicapé en loge du lune – A heavily handicapped person on a moon lodge

Depuis que j’offre les rites de passage, l’intérêt pour ces rites n’a cessé d’augmenter et de provoquer des questions et des éclaircissements. Voici donc un texte qui cherche à expliquer l’essence de ces rites de découverte intérieure que sont les rites de passage, la quête de vision et la loge de lune.

A l’exemple de ce que nous retrouvons dans la nature, les rites de passage marquent le rythme des saisons de la vie de l’être humain. Chacun d’eux signale le début d’une nouvelle étape dans la vie et l’évolution de ceux et celles qui en bénéficient.

A la puberté, les jeunes gens préparent leur entrée dans le monde adulte. Chez les Premières Nations, la phase que les Occidentaux nomment la crise d’adolescence est un phénomène inconnu. Dans la tradition autochtone, les enfants passent directement de l’enfance à la vie adulte, en quelques jours, à l’aide du rite de passage. Le phénomène de société qui s’appellent crise d’adolescence avec son lot de drames et de révoltes, d’expériences extrêmes et souvent violentes vécues par les adolescents et les déboires émotionnels vécus par les adolescentes sont dues à ce manque de préparation à la vie adulte. En fait, la société moderne brille par son manque total de traditions pour permettre au plus âgés d’accompagner les plus jeunes dans leurs apprentissages de la vie. Ceci est désastreux et une des nombreuses raisons pour lesquelles le suicide chez les jeunes dans les sociétés des nations dites développées sont beaucoup plus élevés que dans les sociétés traditionnelles.

Ces rites existent dans toutes les communautés aborigènes et les sociétés traditionnelles à travers le monde. Les rites sont différents dans les différentes nations, mais ils ont tous en commun de créer des circonstances spéciales pour accompagnés de manière indélébile dans la conscience des jeunes adultes leurs compréhensions de ce que c’est que d’être un homme, que d’être une femme. Ainsi, à l’âge où les jeunes ont la capacité d’enfanter, les responsabilités inhérentes et très différentes à leurs sexes leur sont transmises par les sages et adultes bienveillants de leurs communautés.

Ici, dans l’Amérique du Nord aborigène, les jeunes hommes de treize et quatorze ans sont amenés sur la montagne ou un lieu élevé pour réaliser leur quête de vision. Là-haut, ils jeûnent pendant plusieurs jours et plusieurs nuits. Ils se privent de nourriture, d’eau et de sommeil pour s’harmoniser avec le monde spirituel où ces besoins n’existent pas. Ils se confrontent à leurs peurs. Être seul sur la montagne avec une simple couverture en guise de protection contre les animaux, les éléments et les esprits, rends parfois les craintes très présentes. Ils sont complètement seuls, parfois pour la première fois de leur vie, ainsi tous les aspects de leur personnalité qui ont besoin de transformation se manifestent. Leurs démons intérieurs sortent pour les dévisager et les jeunes hommes se doivent de regarder avec courage ces aspects d’eux-mêmes. Sans relâche, pendant toute la durée de leur vigile, ils implorent leur vision, la révélation de leur médecine, le sens de leur vie et de leur raison d’être sur terre.

A leur retour, ces jeunes hommes ne sont plus des enfants. Ils ont appris à maîtriser leur corps et leurs besoins essentiels : la faim, la soif et le sommeil. Ils ont affronté leurs peurs et en sont revenus vainqueurs. Ils se connaissent maintenant beaucoup mieux et comprennent leur rôle au sein de la communauté et leurs talents plus particuliers (leurs médecines et totems). Ils sont maintenant des adultes. En effet, vivre une telle expérience et les apprentissages et connaissances qu’elle transmet donne à la personne une grande maturité. Ils sont accompagnés dans ce processus. Même s’ils sont seuls sur la montagne ils savent que les hommes qui les avaient accompagnés pendant leurs préparations prient et méditent pour eux afin qu’ils soient protégés et inspirés pendant leurs quêtes. Il y a aussi une grande sagesse à passer plusieurs jours à contempler la nature. En effet, tout dans la nature est vrai. Il n’existe aucun mensonge au sein du monde naturel. Seul le monde artificiel des hommes est bourré de mensonges et de conditionnements qui cherchent à programmer les êtres avec de fausses données. Mais dans la nature tout est vrai. Ainsi, après plusieurs jours à voir la nature autour de nous, nos conditionnements et illusions tombent comme les feuilles à l’automne, nous commençons à vibrer en résonance harmonique avec la vérité. Notre mission de vie et notre place au sein de l’univers nous apparaissent alors avec plus de clarté. Au retour de la quête les sages et les hommes accompagnateurs, dont très souvent le père, recueillent les expériences, compréhensions, visions et révélations vécues par le jeune adulte et ainsi l’aident à intégrer le monde comme une nouvelle personne. Fort de cette nouvelle vision du monde, fort d’avoir su maitriser son corps et son esprit, fort d’être maintenant acceptée comme un adulte et de pouvoir intégrer le monde des hommes, le garçon reçoit un nouveau nom qui fait une coupure définitive avec sa personnalité d’enfant pour lui permettre de devenir un homme dans le beau sens du mot. C’est la genèse d’une véritable maturité.

Pour la jeune fille, ce passage à la vie adulte était marqué par l’arrivée des premières lunes. Dans la culture autochtone, les menstruations sont appelées la lune de la femme parce que ce cycle biologique humain suit le cycle mensuel de la Lune[1]. Cette nouvelle étape était une source de grande joie pour tous et un gage d’avenir pour la communauté. Cette jeune femme portait désormais en elle la promesse de l’enfantement. A cette occasion, une grande fête était organisée pour souligner l’événement.

Chez les Apaches, la cérémonie de Femme Changeante, figure mythologique très importante de leur culture, dure trois jours. La lune de la jeune femme est honorée et célébrée dans la joie et l’allégresse. Celle-ci est considérée comme une déesse (comme Femme Changeante elle-même) pendant toute une journée. Pour commencer, les grand-mères préparent la jeune femme pendant deux jours en lui parlant de son nouveau rôle dans la communauté, des mystères féminins, des choses à éviter et à rechercher dans ses futures relations avec les hommes et de toutes les choses qu’elle doit apprendre en tant que femme. Ensuite, ses aînées la massent, l’enduisent d’huiles odorantes et la revêtent de très beaux habits préparés spécifiquement pour cette occasion. Elle était alors présentée à la communauté comme la personnification vivante de la Divinité, l’incarnation de Femme Changeante. Les gens viennent de très loin pour avoir la possibilité de lui parler, de la toucher, d’être bénis par sa présence. La jeune femme demeure pendant plus de douze heures les bras tendus vers le ciel, dans la posture traditionnelle de la Déesse Mère, à recevoir patiemment ce déferlement d’attention bienveillante. Les Apaches utilisaient une plante sacrée, le peyotl afin que cela soit vécu sans fatigue et sans douleur. Les gens venaient de très loin pour lui poser des questions, car sa voix était celle de la Déesse. La jeune femme répondait la première chose qui lui venait à l’esprit et les réponses offertes étaient considérées comme un message divin.

Ainsi, au sein de chaque culture autochtone, la jeune femme qui recevait et vivait sa première lune découvrait cela comme quelque chose de sacré, de grand, de ressourçant, qui participait à la nature même de la divinité dans le monde. C’était là une expérience extrêmement riche, profonde, puissante, qui donne du pouvoir à la femme et lui permet d’acquérir le sens d’une fierté, d’une responsabilité, d’une importance, qui fait qu’elle a énormément de respect pour elle-même. Et de fait, à chaque fois que ce cycle revient ces mêmes émotions sont réactivées. C’était donc vécu comme quelque chose de grand, qui inspire et produit une ouverture et une communion avec les émotions et les pensées les plus hautes, grandes et fécondes que peut vivre un être humain.

Les femmes qui vivent un tel événement ont une très haute opinion de leur féminité et de l’importance du rôle qu’elles ont à jouer en tant que femmes au sein de la communauté. Elles ont également la compréhension des mystères de la femme, ce qui les amène à respecter encore davantage la nature sacrée de leur lune. Elles ne permettront jamais qu’on leur manque de respect et elles sauront dire non aux hommes qui n’ont pas une intention juste et pure à leur endroit.

Or, les femmes dans le monde occidental n’ont pas vécu cette expérience à l’apparition des premières lunes. Au contraire, la première lune est vécue comme un désagrément. Les jeunes filles ne sont pas préparées par les femmes qui l’ont elles-mêmes vécue comme un désagrément. Il s’emploie dans le monde occidental une terminologie désignant la femme dans sa lune comme « indisposée », « dans le rouge », « malade », autant d’expressions qui dénigrent cette phase extrêmement importante et extrêmement riche dans la vie de la femme. Ceci prédispose aux dérèglements dans le cycle, aux états de fatigue, de douleur, au syndrome prémenstruel que connaissent bien des femmes au moment de leurs lunes aujourd’hui.

Cependant en vivant le rituel que les femmes dans les communautés indigènes vivent à la puberté pour reconnaître et honorer leur nature de femmes il est parfois possible de corriger cela, comme l’expérience des dernières années nous l’a démontré. Aujourd’hui nous accompagnons des femmes, ayant de 14 à 65 ans, dans ce rite pour honorer leur nature sacrée et faire ce qui aurait dû être fait au moment opportun. Il n’est jamais trop tard pour faire ce qui est juste et bon. Nous appelons cela le Rite de la Nature Sacrée de la Femme.

Mais, même sans vivre ce rite, si la femme prend du temps à chaque cycle, si elle infuse cette période de son cycle avec un sentiment sacré, de beauté, si elle sait ainsi se respecter et se reposer, il y a de grandes chances qu’elle vive cela tout à fait différemment.

Après cette initiation, les jeunes femmes peuvent intégrer la loge de la lune, c’est-à-dire aller dans un lieu spécial, ouvert uniquement aux femmes, pendant ces quelques jours qui sont vécus comme des moments sacrés de communion avec leur essence de femmes. Ces moments bénis deviennent propices à un plus grand recueillement, à la réalisation d’une autre sorte de quête. Elles se regroupent souvent ensemble dans une place à l’écart du village, dans cette habitation appelée la loge de la lune, dans un espace où elles peuvent communiquer entre elles, se ressourcer, communier avec les forces divines de la lune qui régulent ce cycle. Ce lieu est interdit aux hommes. Là, elles s’accordent un temps de repos, de méditation et de partage. De cette façon, elles apprennent à vibrer en harmonie avec leur cycle et n’ont pas tous les problèmes que connaissent les femmes aujourd’hui. Douleurs, SPM, hémorragies, etc., tout cela n’existait pas autrefois parce qu’il y avait un espace dans lequel les femmes pouvaient s’épanouir et trouver du repos, de l’inspiration et une connexion avec la Terre Mère.

Elles profitent de cette période sacrée pour offrir leur sang à la terre. Ce n’est pas un hasard si dans toutes les cultures traditionnelles de la terre les femmes portent des jupes et des robes. Elles peuvent ainsi donner directement à la terre le sang qui s’écoule et elles sont ainsi en lien constant avec la Terre Mère.

Les rêves, les songes et les visions qu’elles ont durant leur lune sont écoutés et respectés par la communauté. Elles sont donc reconnues dans leur participation avec les forces vives de la nature. Elles ne peuvent donc pas vivre un tel moment comme un désagrément. Ce qui est donné à la terre est reçu comme un temps de vision, de méditation, de ressourcement et de repos. C’était un état de réciprocité.

Aujourd’hui, beaucoup de femmes n’ont pas reçu cette cérémonie qui leur permet d’honorer leur nature sacrée de femme, et ainsi cette tendance dans les sociétés technocratiques de rabaisser la femme. Plutôt que de partager le sang sacré avec la terre nourricière, celui-ci est jeté aux poubelles dans un conditionnement qui augmente la pollution de la nature.

Ainsi, il est très important aujourd’hui de retourner aux sources, de retourner à cette compréhension du sacré. C’est pour cela que j’ai réactivé une forme de quête de vision qui est adaptée à la nature sacrée de la femme, en permettant à celle-ci d’être dans un espace sacré pendant plusieurs jours, sans les rigueurs et la nature extrêmes des quêtes de visions qui sont propres à l’homme. L’homme a besoin de comprendre et d’apprendre la maîtrise de soi de manière définitive en quelques jours seulement. Il n’a pas un cycle qui revient chaque mois qui lui permettrait de réactiver sa compréhension de ce que c’est que d’être un homme. C’est pourquoi la nature extrême de la quête est nécessaire à son développement. Pour une femme en revanche, ce caractère extrême n’est pas nécessaire. La femme au contraire peut dormir, rêver, se détendre… C’est en fait cette habilité de se détendre et de s’ouvrir, de se relaxer, qui lui permet de s’épanouir.

Bien des femmes aimeraient aujourd’hui faire des quêtes de vision pour avoir accès au caractère sacré de leur psyché qui est lié à leur essence divine et recevoir des compréhensions concernant leur identité, leur totem, leur mission sur Terre. J’ai donc créé un espace qui permet cela, mais en respectant la nature de la femme et c’est ce que j’appelle la loge de lune.

Une fois ces rites de passage vécus, le jeune homme et la jeune fille ont une idée beaucoup plus claire de leurs rôles et de leur place au sein de la communauté. Il n’y avait donc pas matière à ces crises d’identité que connaissent les jeunes Occidentaux, la crise d’adolescence avec son lot de violences et de drames. La crise d’adolescence existe parce qu’inconsciemment les jeunes recherchent l’initiation. Les garçons, dans un recoin lointain de leurs psychés savent qu’il leur faut une expérience extrême pour comprendre leur condition masculine… ainsi tous les frasques, les accidents de voiture et de sport propre aux adolescents. Les jeunes filles veulent comprendre leur féminité, mais l’accompagnement des vieilles femmes est quasi inexistant. Ainsi, elles le cherchent parfois dans la sexualité ce qui s’avère très douloureux et perturbant émotionnellement.

Pour les jeunes adultes des communautés autochtones ayant vécu le rite de puberté (ces rites, bien qu’effectués sous des formes différentes, sont pratiqués par toutes les peuplades indigènes sur tous les continents), leurs identités en tant qu’individus au sein de leur communauté, et l’identité de cette communauté au sein du monde, est clair. Leur voie s’étend devant eux pleine de promesses. Ils s’y engagent en toute confiance, se sachant encadrés et pleinement appréciés. Il est possible de recréer ce climat psychique de renouvellement et d’activation des forces vives du soi en prenant le temps de se préparer et de vivre pleinement la quête de vision et la loge de lune.

C’est en raison de leur importance que je préconise aujourd’hui de vivre à tout âge ces rites de passage. Je célèbre les rites de passage au mois d’août de chaque année. En 2016 c’est au Québec et en 2017 en France.

[1] Si aujourd’hui les cycles sont souvent perturbés, c’est entre autres que les femmes ne vivent plus en unité avec la terre et les cieux, mais dans des maisons et bâtiments truffés de fils électriques qui annulent les énergies telluriques et électromagnétiques de la terre, de la lune et des étoiles.

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