PHILOSOPHIE DE LA NATURE 13

Suite et fin des définitions et terminologie

Le simple « gros bon sens »

 

Voici une expression populaire québécoise fort évocatrice et vers laquelle il est bon de revenir. Il y a une sagesse inhérente dans tous les êtres humains. Rappelons-nous que les aînés guidaient autrefois les pas des plus jeunes. Les trucs et astuces de nos grands-mères et grands-pères nous facilitaient la vie de mille et une manière. Bref, il existe une sagesse populaire qui s’appelle le simple gros bon sens.

N’ignorerons ce qui peut nous permet d’arriver rapidement à une compréhension innée et intuitive de la réalité.

Ex.- À force de nous compliquer la vie avec la science et la bureaucratie, nous en sommes arrivés à un gaspillage de ressources et de papier extraordinaire dans un monde qui doit rapidement revenir à une gestion saine de l’écologie et de l’environnement.

Il y a des compréhensions qui se passent d’explications. La moindre personne possédant un minimum de bons sens sait certaines choses instinctivement sans besoin d’explications. Misons sur l’intelligence de l’être humain et développons là. Nous avons tout intérieurement pour remédier aux problèmes actuels. Notre action doit s’actualiser tous les jours dans toutes les situations de la vie quotidienne. Avoir du jugement, savoir décider par soi-même et déterminer rapidement la vérité en soi doit redevenir notre manière de travailler et de vivre.

Ex. — Les fonctionnaires ont la réputation d’en faire le moins possible et de toujours se référer à leurs supérieurs ou leurs réglementations pour se disculper et créer ainsi de nombreux inconvénients à ceux qui cherchent désespérément à joindre les deux bouts. La majorité d’entre eux ne savent plus utiliser leur discernement qui demande parfois de contourner ou ajuster un règlement dans l’intérêt de la population qu’ils desservent. Nous avons oublié de réfléchir et de faire confiance à l’intelligence humaine. Le résultat est que nous avons abandonné notre bon sens entre les mains des autorités pour nous croiser les bras pendant que l’industrie et les multinationales détruisent le monde destiné aux générations futures. Tout le contraire de ce qu’indiquerait le simple « gros bon sens ».

Il est temps de réaffirmer toute l’importance et la pertinence de l’intelligence et du jugement populaire. Il est temps d’apprendre à se faire confiance dans notre évaluation des complexités de la vie et d’avoir le courage de mettre le pied à terre et dire C’EST ASSEZ ! La meilleure manière de stimuler l’honnêteté et la fiabilité demeure de faire confiance.

Les succès impressionnants des compagnies opales, sont documentées dans le livre de Frédéric Laloux[1]. Il traite d’un ce modèle d’affaires où l’on travaille sans hiérarchie ni autorité. Tous les employés sont susceptibles de prendre des décisions touchant leurs domaines d’activités. Cette approche est l’illustration parfaite de la justesse qui repose sur l’intelligence de l’Homme. J’estime que nous aurions beaucoup à gagner de cette philosophie puisqu’elle s’applique maintenant à tous les domaines de l’activité humaine, dans l’administration publique comme en politique. Pour qu’elle puisse s’appliquer en politique, une transformation globale des structures sera nécessaire pour les adapter à la réalité du bon sens.

Ex. — Le bon sens nous indique que si des décisions sont prises par vote majoritaire, il en résultera une minorité d’insatisfaits puisqu’ils seront en désaccord avec la décision. Cela présuppose une résistance, de la contestation, des partis d’opposition, des rivalités, des désaccords, bref de la disharmonie et dysfonctionnement qui rejailliront ensuite sur ceux qui écoperont de ladite décision.

La méthode dite de consensus ou de consentement qui existait autrefois dans toutes les structures de gouvernance des peuples aborigènes respecte les opinions de tous et toutes. C’est la même démarche que celle des entreprises opales, parfois aussi appelées « entreprises libérées » puisqu’elles n’ont pas de structure hiérarchique. Les décisions qui y sont prises sont appuyées par toute la communauté et la plupart du temps c’est généralement la meilleure décision qui est prise. S’il y a erreur, chacun est concerné et responsable et tous travailleront ainsi activement à sa résolution. Chacun œuvre pour le bien commun et non individuellement ou pour un parti politique en particulier.

Ex. — Dans les systèmes politiques actuels, s’il y a erreur, les partis d’opposition chercheront à discréditer le gouvernement en place sans chercher à remédier à la situation qui, dans les faits, les favorise. Pendant ce temps, trop de fois nous avons vu les partis au pouvoir chercher, tant que faire se peut, à cacher l’erreur, à en diminuer l’importance ou à la balayer sous le tapis. Le bon sens nous montre ici comment cette approche est ineffective et couteuse pour tous et toutes.

Ex. — Nous pouvons porter ces considérations plus loin puisqu’elles concernent actuellement la plupart des nations gouvernées en démocratie donc par vote majoritaire. Nous savons qu’apprendre à être habile et efficace dans un domaine complexe en particulier, peu importe lequel, requiert de l’information, de l’éducation et ensuite beaucoup de temps et de pratique. Nos hommes politiques ne sont en poste que quelques années dans des positions aux ramifications fort complexes ! Le temps d’apprendre comment tout fonctionne et c’est déjà le tour d’un autre. Le travail accompli, même s’il est bénéfique, est parfois détruit par un nouveau en poste qui est d’un autre parti. En fait, ceux qui ultimement influencent le plus nos vies au sein de ce système sont les fonctionnaires qui souvent rejettent le blâme sur leurs supérieurs. Dites-moi : pensez-vous que ce soit logique et une bonne manière de diriger nos nations ? Est-ce conforme au simple gros bon sens ?

Le simple gros bon sens peut nous aider à résoudre d’innombrables problèmes très rapidement et à moindre coût contrairement à une approche scientifique ou administrative. Utilisons-le dès maintenant dans notre vie quotidienne. Ayons confiance dans nos réflexions et compréhensions et démontrons le courage de les appliquer à nos vies. Cela exige parfois d’être contrevenant aux règlements et lois du système. Mais voilà, nous devons avoir le courage de nos convictions si nous voulons que l’intelligence de l’Humanité apporte rapidement les solutions à la situation d’urgence dans laquelle nous nous trouvons. Cela s’appelle parfois la résistance civile pacifique et devient un outil nécessaire et important dans la lutte contre la bêtise gouvernementale, la destruction de l’environnement ainsi que l’érosion de nos libertés et de notre qualité de vie.

J’utiliserai donc ce terme, le bon sens, pour les affirmations qui ne nécessitent à mes yeux aucune justification particulière autre que l’intelligence innée du lecteur.

 

 

[1] REINVENTING ORGANIZATIONS: vers des communautés de travail inspirées, Frédéric Laloux, Éditions DIATEINO, Paris, aout 2015

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