Chamanisme, écologie et rites de passage

Extrait d’un entretien avec un ami en Belgique Luc du centre Bois le Comte

Luc : Comment procèdes-tu, dans ton atelier « Chamanisme et écologie », où tu utilises le chamanisme pour guérir ou rétablir notre connexion à la nature ?

Aigle Bleu: L’axe principal de l’atelier consiste à regarder la vie comme un tout. Par exemple, il y a des saisons dans l’année, auxquelles correspondent certaines célébrations qui permettent aux humains d’établir une communication avec la nature, ce qui permet aux gens d’obtenir le temps dont ils ont besoin pour la saison qui vient. Lorsque vous arrêtez de faire des cérémonies, le temps devient fou, et vous n’avez plus aucune influence sur lui, alors que normalement, dans notre culture, on peut obtenir le temps souhaité, celui que l’on demande. Il y a quelques semaines -nous étions à la mi-mars-, ma fille m’a dit : « Ca fait longtemps qu’on n’a pas eu de neige », alors je lui ai répondu « Faisons venir la neige » ; et nous avons fait ensemble une cérémonie, et cela m’a donné l’opportunité de lui montrer comment communiquer avec les êtres de la nature, et quelques jours plus tard, nous avons eu la seule grosse neige des deux deniers mois, et cela seulement après quelques jours. Et ce sont là des choses naturelles, des choses que tout être humain peut faire, mais bien souvent nous avons perdu le contact. En accomplissant les cérémonies d’équinoxe et de solstice, nous établissons cette communication. Et la même chose est vraie dans la vie humaine. Nous avons aussi des saisons : la naissance, le passage à la puberté, le passage à l’âge adulte, le mariage, le fait de devenir un aîné, et finalement l’ultime passage vers l’au-delà. Ce sont les saisons qui rythment la vie d’un humain, et il existe des rituels pour accompagner cela, pour que cela puisse se passer de manière bénéfique, et que nous grandissions d’une façon harmonieuse.

Par exemple, dans la société occidentale, vous avez cette période étrange que vous nommez « adolescence », où les jeunes gens font toutes sortes de bêtises, et où les adultes perdent tout contrôle sur eux. Pourquoi cela arrive-t-il ? Parce qu’il n’y a pas de rites de passage. Dans les sociétés autochtones, on passe de l’enfance à l’âge adulte en quelques jours, et l’adolescence n’existe pas. Parce qu’il existe une manière de passer d’une saison à l’autre, par un rite de passage. C’est ce que nous allons étudier, et si nous pouvons exécuter certains rites pendant l’atelier, nous le ferons. En étudiant ces saisons de la nature et les saisons de la vie humaine, nous recevons une compréhension de la manière dont un humain devrait vivre. Ceci a une très grande importance dans notre processus de réharmonisation avec l’écologie, et pour trouver notre place dans l’univers.

Luc : Y a-t-il un moyen par lequel nous puissions aider nos adolescents, ou nos jeunes, à trouver leur place dans le monde ?

Aigle Bleu : Oui, en comprenant que la personne est beaucoup plus qu’un corps et un cerveau qui doit s’adapter à une société artificiel et en ramenant les rites de passage. Toutes les nations ont des rites de passage pour les jeunes femmes et les jeunes hommes, qui ont lieu en général lorsqu’ils atteignent treize, quatorze ou quinze ans. Le déroulement différent d’une nation à l’autre, mais toutes possédent de tels rites. Il n’existe pas de nation où ce rite de passage n’ait pas existé. Et ceci suppose qu’il y ait un cercle d’hommes et un cercle de femmes qui prennent ces rituels en charge. Aussi, il faut qu’il y ait une cohésion et des liens communautaires entre les membres plus âgés de la communauté, qui vont aider les jeunes gens lorsqu’ils sont prêts pour cette étape, pour qu’ils puissent comprendre ce que signifie être un homme, ce que signifie être une femme, quel sens réel et profond cela peut avoir. Ils ont besoin de comprendre ces choses, tout particulièrement les hommes, pour qui ce besoin est plus fort que pour les femmes, car la femme possède son cycle mensuel, qui fait qu’elle ne peut jamais oublier ce que signifie être une femme. C’est pourquoi les Autochtones disent qu’elle a de manière naturelle un plus grand pouvoir que l’homme. Mais l’homme, pour atteindre ce niveau de pouvoir, doit effectuer ce passage à travers un rite qui est toujours extrême, car il doit être suffisamment puissant et marquant pour qu’il ne puisse jamais l’oublier pour le reste de son existence. Ces événements sont très importants, et pour qu’ils puissent avoir lieu, il faut qu’il y ait un cercle d’hommes et de femmes plus âgés qui puissent faciliter le processus.

plume

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