RÉTABLIR LES FAITS – 2e partie

Je continue ici l’exercice que j’ai commencé hier et réponds aujourd’hui à certaines accusations formulées envers ma pratique et le contexte duquel ces critiques émergent.

Contexte géopolitique dans lequel nous vivons

Dans les derniers siècles, la répression, le génocide et les politiques d’assimilation infligées aux peuples autochtones d’Amérique ont été très dévastateurs.

Deux d’entre eux méritent plus particulièrement mention ici :

  • L’interdiction de pratiquer les religions, rituels et cérémonies traditionnelles qui fut imposée par le gouvernement canadien jusqu’en 1951 !
  • L’enlèvement des enfants aux parents amérindiens, 10 mois dans l’année, pour leur imposer une éducation chrétienne. Un nom chrétien était donné aux pensionnaires. Changer de nom équivaut à être coupé de ses racines. Les enfants avaient l’interdiction stricte de parler leur langue ou de pratiquer, voire même d’évoquer leurs activités traditionnelles quelles qu’elles soient, spirituelles ou non. À la moindre dérogation, ils étaient sévèrement battus. Ils ont été régulièrement abusés physiquement, sexuellement et psychologiquement.

Cette pratique, de séparer l’enfant de sa famille, visait à « tuer l’indien dans l’enfant ». Elle perdura du début du 19e siècle (1820) jusqu’à la fin du 20e siècle (le dernier pensionnat fut fermé en 1996) !

Ce fut une réelle et très efficace tentative de génocide culturel. Aujourd’hui encore la répression continue, même si cela se fait de manière plus subtile. Les plus récentes manifestations sont en cours de documentation par la Commission d’enquête nationale sur les filles et les femmes autochtones disparues et assassinées au Canada.

Il est donc tristement logique que les Premières Nations du Canada aient perdu la majeure partie du sens et des traditions spirituelles de leurs aïeux. Il est également compréhensible qu’elles cherchent à se la réapproprier sans vouloir la partager.

Pour ce qui a trait à moi : Enfant j’ai grandi comme un Blanc. À l’adolescence, mes ancêtres amérindiens m’ont demandé de suivre la voix Rouge. J’ai depuis suivi les pratiques de ce sentier tous les jours et je vis selon ces principes. Je comprends que le racisme, la jalousie et l’incompréhension que j’ai subis viennent à la fois des Blancs et les Indiens et que leurs sources proviennent de cette situation nationale dans laquelle nous nous trouvons.

Je vais répondre ici aux reproches qui me sont faits. Deux d’entre eux méritent des éclaircissements.

On critique parfois mon rapport à l’argent

« Les rituels et les enseignements ne sont pas à vendre ». Je suis totalement d’avis qu’ils doivent être gratuits pour tous et je n’ai d’ailleurs jamais demandé d’argent aux autochtones qui venaient pour une consultation ou une cérémonie.

Dans les communautés autochtones traditionnelles, les chamans et hommes-médecines recevaient en offrandes de quoi se nourrir, se vêtir et s’abriter. Afin de leur permettre de se consacrer au partage des services de santé ou spirituel, la communauté, ou les requérants, prenait en charge leurs besoins matériels. Le principe d’échange existe dans les traditions de toutes les nations amérindiennes, seul le protocole de ces échanges varie.

Dans le même esprit, dans les autres sociétés du monde, les responsables religieux (prêtres, pasteurs, imams, moines, rabbins, etc.) bénéficient d’une prise en charge totale ou partielle des personnes pour qui ils œuvrent. Ces responsables spirituels peuvent alors se consacrer à temps plein à ceux dont ils ont la charge. Pourquoi les chamans et les personnes médecines des Premières Nations ne pourraient-ils pas ? Dieu sait qu’il y a beaucoup à faire après 500 ans de maintes politiques génocidaires !

Je suis conscient que l’argent a été créé pour asservir l’être humain et qu’il est à la base du fonctionnement de tous les peuples colonisateurs. Mais aujourd’hui il est impossible de vivre sans argent. Si j’avais enseigné, animé des cérémonies et donné des soins sans jamais me faire défrayer les coûts de déplacement et d’hébergement, malgré que je l’aie souvent fait, il m’aurait été impossible de payer mon loyer, mes factures d’électricité, ma nourriture et donc impossible de fournir quelque service que ce soit. Comme je ne vis pas dans une communauté ancestrale, je suis obligé de générer de l’argent par mon activité. Je demande pour les consultations, le même prix que celui des thérapeutes « modernes », exception faite des Premières Nations pour qui une offrande libre est acceptée. Pour les enseignements et les cérémonies, le prix que je demande est largement inférieur aux ateliers ou aux stages de « bien-être » « nouvel âge » « retraite yoga », etc. Et surtout, je n’ai jamais refusé une personne qui n’avait pas la somme totale demandée pour une activité. J’ai toujours insisté sur le fait que les cérémonies étaient gratuites ; L’argent offert c’est pour couvrir mon temps de préparation et mes dépenses pour pouvoir les donner.

De plus, parce que j’ai fondé une entreprise pour vendre des produits de ma conception, on m’a aussi reproché de mêler spiritualité et business. Que fallait-il que je fasse ? Me dissocier entre homme d’affaires et homme spirituel alors que pour moi tout est spirituel ? D’où vient l’idée qu’un chaman ou homme médecine ne devrait pas avoir d’argent?  Cela vient des vœux de pauvreté du clergé catholique. Les chamans ancestraux étaient généralement des hommes tellement respectés et honorés qu’ils faisaient partie des plus riches de la communauté. Ils vivaient parfois même avec plusieurs femmes pour les aider à fournir des services à de nombreuses personnes souvent de plusieurs communautés.

Il ne vient pas à l’esprit de critiquer un banquier, un propriétaire de « fast food »,  un fabriquant d’alcool ou de tabac qui s’enrichit démesurément sur le dos des gens sans aucun respect pour eux ou leur santé. Par contre, on reproche à un homme qui suit la voix indiquée par ses ancêtres de suppléer à son revenu avec la vente de produits santé et la participation aux frais d’organisation des activités spirituelles qu’il anime.

Les ancêtres ont veillé à ce que je ne manque de rien dans la vie. Par contre, j’ai tellement donné qu’aujourd’hui je n’ai pas ce qu’il faut pour assurer ma retraite alors que je serais à l’âge de la prendre. J’ai plus de dettes que de capitaux et cela parce que mes principes et non l’argent ont orienté ma vie.

 

Deuxième critique — Origine/légitimité

Je ne suis pas né dans une réserve et je n’ai pas assez de pourcentage de sang amérindien dans ma lignée pour être reconnu autochtone. Lorsqu’un généalogiste dans ma famille a retracé ma lignée, il a trouvé trois ascendances amérindiennes, deux Pawnee du côté de ma mère et un Abénakis du côté de mon père.

Je sais, pour avoir fréquenté des autochtones toute ma vie, que si j’avais vécu dans la pauvreté et la misère de la plupart des réserves indiennes et subi le calvaire des écoles résidentielles, je n’aurais pas conservé la sensibilité d’enfant envers la spiritualité et la nature qui m’a permis d’être aussi déterminé à suivre ce sentier.

Bien avant de comprendre que j’avais des ancêtres amérindiens, l’injustice faite aux autochtones était source de révolte chez moi. Je l’exprimais alors dans mes rédactions scolaires. Être descendant d’Amérindiens fut une révélation et donna un sens à ma vie.

Les grands hommes ou femmes médecine et chamans que j’ai rencontrés dans les Amériques et ailleurs dans le monde, ont tous reconnu mon intégrité, mon authenticité, ma droiture et ma spiritualité. Certains d’entre eux ont témoigné de leur respect pour moi dans des articles ou des livres. Partout j’ai appuyé la cause des Premières Nations. Partout j’ai défendu les valeurs ancestrales amérindiennes.

Bien des fois j’ai voulu arrêter d’enseigner, fatigué par l’étroitesse des préjugés des Blancs et des Indiens à mon égard. Mais alors mes ancêtres revenaient en rêve ou en vision, me demandant de continuer.

Mon rôle, c’est de faire le pont entre la culture des Occidentaux et celle des Premiers Peuples. Les principes chamaniques sont communs à toutes les nations aborigènes de la Terre. Le chamanisme est un ensemble de pratiques spirituelles qui redonnent à l’Homme sa liberté et son autonomie spirituelle. La Terre, la Nature et les peuples ont grand besoin de cette sagesse. Nous sommes en train de détruire ce qui permet la vie sur Terre. Si nous prenons le temps de nous parler, nous réussirons à créer la paix, entre nous et avec la Nature.

La suite ICI

9 réflexions au sujet de “RÉTABLIR LES FAITS – 2e partie”

  1. tu es juste et noble mon frère. Courage. Mon coeur t’accompagne. La VÉRITÉ est en marche….même s’il y aura toujours des personnes pour la répudier

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  2. Bonsoir Aigle Bleu ,
    Ne change rien , j’apprécie et ai toujours apprécié ce que tu dis , celui que tu es !
    On dit souvent : on ne peut pas plaire à tout le monde , et puis il y a des jaloux …
    Paix , Lumière et Joie .
    Martine .

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  3. Je ne vois rien à redire à tout ça : l’argent est une énergie d’échange et pour moi un moyen et non une finalité qui reste tout à fait justifié s’il est gagné honnêtement et utilisé avec justesse.
    Les temps évoluent et on ne peut que s’adapter au mieux à notre époque.
    Bon courage. On va y arriver cette fois !

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  4. Merci pour vos partages tant sur les connaissances sur vos ancêtres que sur vos réflexions. Lumière, paix, et réussite à votre entreprise.

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  5. je suis de tout coeur avec toi Aigle bleu courage ce que tu dit là et ce que tu vis … ne fait que prouver une fois de plus que les mauvaises forces s’acharnent après ceux qui suivent le bon chemin de réparer tout le mal qui a été fait à la planète au Grand Tout qui est de partout existant à l ‘harmonie à la nature … mais c’est justement Celà qui va nous épargner de tous les maux actuels du monde technocratique…. nous avons justement ce belle enseignement là d’Anastasia !! et puis le nouveau monde nouvel ère commence …que les enfants de nos enfants à tous poursuivent cette belle voie… en attendant nous nous adaptons à ce monde actuel en gardant que ce qu’il y a de mieux en pensant constemment de PARFAIRE SON MILIEU DE VIE …

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  6. tout travail mérite salaire . rien ne sert de se justifier votre mission est sage .vous n’avez pas inventé l’argent il faut bien payé ses facture et manger .
    je pense que vous vous faite du mal pour rien .
    paix a vous
    (petite tortue)

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  7. Je te rends Grâce Aigle bleu. J’ai été outré de lire certains articles te concernant je n’ai d’ailleurs pas pu aller au bout de mes lectures. Mon coeur saignait en me disant que cela continue…alors je l’ai écouté, j’ai été attentive à mon ressenti qui me dit lorsque je te lis que je suis sur la voie, tes commentaires sur la vie, la nature, résonnent en moi et de ce dont je suis le plus proche dans ma vie quotidienne. Régulièrement je m’inspire des animaux totems avec qui je suis connecté.
    Tu as bien fait d’écrire ces rétablissements de faits, s’il faut se justifier aux yeux de certains c’est pour que la vérité soit vécue au grand jour pour TOUS.
    Tu as tout mon soutien du fond de la Provence en France
    Coeurdialement et sincèrement

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  8. Merci pour ces mots qui touchent profondément l’âme et qui nous font prendre conscience de Notre But dans la Vie…. Dans la Conscience de l’instant.
    « Nul ne peut atteindre l’aube sans passer par le chemin de la nuit »…. Comme l’écrivait si justement Khalil Gibran

    Nous avons chacun le devoir de faire ce que nous pouvons pour construire un avenir durable, maintenir l’équilibre, embellir le Monde, …. Comme le disait un philosophe indien Krishnamurti, il ne suffit pas de croire que quelqu’un détient la vérité et va nous la déverser , mais d’expérimenter et trouver par nous même nos propres solutions, notre propre cohérence . Nous libérer du connu, car nous sommes prisonniers de nos schémas de pensée , de Notre histoire, de nos conditionnement. Ça aussi c’est une autonomie à reconquérir….une autonomie intérieure.
    Paix et Lumière pour tous.

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